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La mobilisation contre le CPE qui se heurte à la loi votée par le Parlement, est une nouvelle illustration du malentendu entre la « rue » et le « pouvoir ». Au regard de la situation inacceptable du chômage des jeunes avec la volonté d’expérimenter les pistes de solution, le Premier ministre n’a pas eu tort d’imaginer des outils innovants. Mais mon propos n’est pas ici d’évaluer le CPE… on ne peut d’ailleurs le faire tant qu’il n’a pas été expérimenté ! Mon intention est de faire apparaître la « fébrilité démocratique » qui s’empare du corps social à chaque fois qu’il est question de faire entrer notre pays dans la modernité.
Il s’agit bien d’un affaissement de la légitimité même du politique. Globalement, les Français dans leur majorité semblent renvoyer dos à dos le pouvoir et les manifestants en demandant à l’un de s’incliner devant l’autre mais cela est inacceptable car la loi est la loi et qu’elle doit s’appliquer dès lors qu’elle est votée… et lorsqu’elle sera promulguée (après avis du Conseil Constitutionnel), c’est là le fondement même de notre démocratie. On peut cependant se demander pourquoi et comment nous en sommes arrivés là ?
La ligne que doivent suivre les gouvernants devrait faire, au préalable, l’objet d’un débat clair pour pouvoir prétendre être respectée des citoyens. Le brouillage des repères vient du fait que trop de promesses ont été faites – à droite comme à gauche – pour que le citoyen-électeur accorde son juste prix au mandat d’élu et au programme qu’il défend ; dans ce contexte les idées ont été dévaluées, les convictions se sont effilochées et le pacte républicain a été perdu de vue. L’épisode historique du 21 avril 2002, au motif impérieux qu’il s’agissait avant tout de préserver la démocratie, a évacué le débat traditionnel sur les contours de l’action politique et les conditions de l’exercice du pouvoir.
A force de revirements, les Français considèrent que la légitimité politique issue des urnes est réversible en dehors des échéances électorales démocratiquement prévues ; il n’est qu’à considérer d’ailleurs le peu de succès de ces mêmes élections, avec un taux de participation déclinant, pour se rendre compte que les Français n’y accordent plus le sens que celles-ci devraient revêtir pour le fonctionnement d’une démocratie.
Mais la crise d’adhésion au « politique » a surtout, me semble-t-il, une autre cause. Depuis quelques décennies le courage politique n’est plus la vertu la plus courante. La grève, la rue, ses débordements parfois, ont fait reculer bien des équipes gouvernementales ; la relation tacite qui s’est au fil du temps instaurée entre les citoyens et leur responsables politiques s’est alors dévoyée, perdue dans une immaturité où les uns refusent le parler vrai et les autres refusent d’entendre. Il faut également parler de la qualité du dialogue social qui doit aller au-delà du dialogue syndical dès lors que, comme je le regrette, la représentativité des syndicats, en France, est notoirement insuffisante. Mais où est la dynamique de propositions, où est la recherche du dialogue, où en est la volonté du progrès social ?
Au-delà, le CPE nous questionne sur les problèmes plus profonds qui polluent notre démocratie, celle-ci reste emblématique de la seule vraie question qui vaille : comment réformer notre pays ? De ce point de vue, je suis convaincu qu’aucune des réformes qui s’impose à nous d’évidence ne peut être populaire… et qu’une certaine fermeté est souvent nécessaire. Paradoxalement, la société dans sa globalité serait plus cruelle encore pour le « politique » s’il renonçait à affirmer son autorité. A cela s’ajoute la difficulté, ou la contrainte supplémentaire pour les gouvernants, du zapping électoral qui devient une règle presque établie en France. Au fil de ces alternances et du brouillage constant décliné par les sondages, véritables arbitres au quotidien de l’action du Gouvernement, la continuité d’une action de réforme se trouve compromise. 26 gouvernements en France depuis 1981, 9 en Allemagne, 8 en Espagne et 7 au Royaume-Uni. Cette « instabilité à la française » installe nos concitoyens dans l’idée du sursis quasi permanent qui caractérise la vie gouvernementale et donc dans la certitude, dans un contexte de crise économique depuis trente ans, qu’en cas de potion trop amère, il sera toujours possible d’abréger le traitement en exerçant cette pression sur le Gouvernement pour qu’il retire la mesure impopulaire.
Pourquoi, en France, le dialogue social se trouve-t-il dans un tel état d’essoufflement, de caricature et de défiance ? Le paysage syndical français doit se recomposer et évoluer à partir d’une vision plus large des problèmes à traiter et une meilleure visibilité commune de l’intérêt général. Pour en revenir au CPE, quels que soient les torts du Gouvernement de ne pas avoir consulté les partenaires sociaux, quelle que soit la posture de blocage dans laquelle s’installe trop souvent les syndicats pour conserver ce qu’ils croient être leur légitimité vis à vis de leur base, comment se peut-il que sur un sujet aussi sensible que celui du chômage des jeunes, une réflexion invitant tous les acteurs concernés à se mettre autour de la table ne soit pas possible en dehors de toute solution prêt à penser ?
Enfin, il reste à résoudre pour de bon la question que pose la place, trop restreinte, qu’occupe le Parlement dans la vie politique française. L’espace consacré à la vie parlementaire souffre de l’hypertrophie d’un exécutif bicéphale qui n’emporte plus, ou plus suffisamment, l’adhésion de nos concitoyens, qui de ce fait ne peut compter en retour sur le pouvoir législatif comme caution. Pour illustrer mon propos, il n’est qu’à considérer Tony Blair qui au terme d’un débat important engagé avec la Chambre des Communes portant sur l’augmentation des droits d’inscription dans les universités, a arraché au vote parlementaire par trois voix d’écarts la décision, a su faire passer sa position. A contrario, en France, alors que le vote d’un texte de loi avec plus de 130 voix de majorité ne clôt pas le débat, il faut véritablement s’interroger sur ce que représente le Parlement dans la vie politique nationale… en tous les cas, il n’est plus l’un des arbitres de la société.
L’affaire du CPE est donc une préfiguration extrêmement saillante des enjeux politiques de 2007 en révélant les marqueurs de la "crise du politique". C’est ce préalable incontournable qu’il convient de traiter en profondeur, si l’on ne veut pas aller vers des déconvenues électorales demain ou pire encore, vers une zone de turbulence démocratique annonciatrice de désordres dont notre pays sortirait affaiblit et amoindrit.
Bonsoir Monsieur Scellier ;
Je viens de prendre (trop rapidement je le confesse) connaissance de votre dernier "papier" sur votre blog et voici les quelques réflexions (au sens de réflexes) que cela m'inspire.
Illustration d'un malentendu dites vous. Peut-être mais alors parceque on a pas voulu entendre ! Et il n'y a de pire sourd .... vous connaissez la suite.
Il s'agit là plutôt,à mon sens, d'une bonne illustration de la manière calamiteuse avec laquelle les affaires touchant au social sont menées dans notre beau pays et depuis longtemps déjà.
Le manque de concertation, de mise depuis quelques années , a conduit à cela. Et pourtant la concertation a été la pierre angulaire, la "marque de fabrique" de la société à la française, la société contractuelle chère à MM. Delors, Chaban-Delams, Rocard et quelques autres (je ratisse large !)
Après la période où l'on a vu les discussions se refermer au point de n'envisager qu'un seul angle de vue (celui des têtes pensantes des ministères puisque, bien entendu, seul leur texte, seules leurs idées sont dignes d'être discutés, "négociés" en vertu du principe inoxydable qui veut qu'ils détiennent eux seuls la seule solution possible) ; on en arrive désormais à "zapper" la discussion.
Et cela pour des raisons d'efficacité et parce que la voie empruntée est LA SEULE POSSIBLE.
C'est non seulement confondre volonté et détermination politique avec rigidité de pensée (pour ne pas dire étroitesse) mais c'est également faire ressentir aux ex-interlocuteurs tout le poids du mépris.
Ce qui est insupportable.
Si cela n'était qu'une péripétie, passerait encore mais cet épisode extrèmement malheureux ( notamment pour la perception, le rôle, la vie des institutions de la République, je vous rejoindrais parfaitement sur ce point) intervient après des années de "mauvaise gouvernance" (comme dirait sans doute M. Raffarin) qui a conduit à la perte de confiance des citoyens envers leurs élites et leurs élus.
Le référendum raté (j'utilise à dessein un terme gentil) en est également une très bonne illustration.
Vous m'objecterez peut-être qu'il s'agit là du vieux fond anti parlementaire, poujadiste qui sévit depuis toujours en France.
Peut-être, mais là encore il convient de ne pas confondre le terreau sur lequel pousse la mauvaise graine laquelle a été semée par pleines poignées par nombre de responsables (c'est un peu lyrique veuillez m'en excuser!).
Ainsi, ce n'est pas parce que les techniques de communications se multiplient que le message passe et qu'il passe bien. Lez message passe bien lorsqu'il a réelle volonté de dire et expliquer sans langue de bois, sans arrière pensée, sans plan secret caché à l'intérieur.
Il est vrai que nombre de citoyens sont découragés, désabusés et sont plein de défiance vis à vis du "politique" (pris au sens le plus large). Parce que chat échaudé, etc., etc.
Ont-ils tort pour autant?
Question corollaire : peut-on en régime démocratique avoir raison contre le peuple? Durablement s'entend.
Les différentes consulations électorales montrent un "zapping" dites-vous , elles montrent à mon sens une perte de confiance sans égale qui rend la tâche de réformer encore plus ardue.
Encore faut-il que les dites réformes soient clairement expliquées que les enjeux soient clairement exposés.
Encore faut-il que les réformes soient des vraies réformes conformes aux promesses électorales, qu'elles aillent dans le sens du progrès.
Encore faut-il du courage politique et qu'il ne soit pas confondu avec psychorigidité.
Encore faudrait-il s'affranchir des querelles pichrocolines auxquelles la classe politique (à droite comme à gauche) se livre avec délectation à longueur de presse "pipole"...
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Il est permis de rêver non?
Cordialement
Gilles CALVET
Bonjour Monsieur Scellier ;
Permettez moi un petit codicille après la décison du chef de l'Etat de promulguer la loi sur le CPE ...
Je n'ajouterai pas à l'exégèse d'un texte très largement rejeté par le pays (le pays réel suis-je tenté de dire) et dont la principale caractéristique est de créer une énième mouture de contart de travail dans un pays qui en compte déjà trop. (La souplesse déclinée par nos valeureux énarques se traduit comme toujours par la constitution d'une nouvelle couche du mille feuille réglementaire. Mon précédent commentaire faisiat part déjà de toute l'estime que je leur porte).
Je pense que la prestation télévisée de M. Chirac va certainement ajouter à votre désespoir de voir un jour notre beau pays touché par la grâce de réactions et de décisions forgées à l'aune de la raisonnable et du juste.
Me trompè-je?
Quel genre de message pensez vous que cette très étrange décision va laisser auprès des citoyens, des syndicalistes des opposants et des partisans en france?
Qu'est-ce que cette façon de dire "j'applique et tout de suite après on s'attelle à un autre texte qui pourra dire le contraire"?
Pour ma part, il s'agit non seulement c'est d'une logique absurde mais cela confère à l'ensemble du pays comme un parfum de ridicule (genre banane, comme dans république bananière).
Dans le concert international actuel c'est quasiment criminel.
Mais d'autre part, quel type de confiance cela peut-t-il donner aux nationaux (entendre ceux qui ont le droit de vote), à la fois envers le "politique" (Jacques chirac en étant la quintescence) que l'institution parlementaire ( = la Loi est aussi zappable qu'une émission télé)?
Pour des raisons très politiciennes (pour éviter de dire bassement politiciennes, ce qui en l'espèce aurait des relents de pléonasme) on va sauver la tête d'un Premier Ministre aux agissements arrogant s et méprisants (du moins qui apparaissent comme tels) et on va piétiner la procédure parlementaire, le concept et la prééminence de la Loi?
Ou est le déficit démocratique dès lors?
Comment peut-on percevoir une certaine classe politique comme complètement disqualifiée?
N'est-ce pas là par conséquent un comportement particulièrement condamnable?
Ou bien encore une fois va-t-on incriminer ces Français versatiles, changeants, inconstants, irréfléchis, irresponsables...(ajoutez les qualificatifs qui vous conviendront)?
Sont-ils si condamnables qu'il faille les punir au moyen d'une classe politique si médiocre?
Si coupables soient-ils ils ne méritent pas la pitoyable mascarade qui se joue depuis des mois et qui n'est sous tendue que par la course à l'Elysée.
C'est parce que de tels comportements sont légion, et parce que le commun des mortels voit clair dans ces combines minables que le lit des extrémismes se fait si douillet : extrème droite pour les uns , violence urbaine pour les autres.
Je suis peut-être naïf, pas au courant de tout, d'une intelligence limitée, d'une clairvoyance au dessous de la moyenne mais j'attends (j'espère) que le contraire me soit démontré.
Cordialement
G. CALVET
simple citoyen
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